Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/188

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val n’était pas bon, cependant il valait au moins quarante pièces de monnaie, et Loukachka était très content du cadeau. Mais pourquoi, lui avait-il fait ce présent, il ne pouvait le comprendre, aussi n’en n’éprouvait-il pas la moindre reconnaissance.

Au contraire, dans sa tête errait le soupçon vague de mauvaises intentions du junker. En quoi consistaient ces intentions, il ne pouvait s’en rendre compte, mais il ne pouvait aussi admettre l’idée que comme ça, pour rien, par bonté, un inconnu lui donnât un cheval valant quarante pièces. Cela lui semblait impossible. S’il avait été ivre, alors ce serait compréhensible : il voudrait se vanter. Mais il était tout à fait sobre, alors sûrement il voulait l’acheter pour quelque mauvaise action. « Mais tu te trompes ! le cheval est chez moi, et là-bas nous verrons. Je suis aussi un malin. Nous verrons encore qui trompera l’autre ! Nous verrons ! » pensa Loukachka, en éprouvant le besoin d’être en garde contre Olénine et par suite excitant encore contre lui des sentiments malveillants. Il ne raconta à personne comment il avait eu le cheval. Aux uns, il disait qu’il l’avait acheté, aux autres, il faisait une réponse vague. Cependant la vérité fut bientôt connue dans la stanitza. La mère de Loukachka, Marianka, Ilia Vassilievitch et les autres Cosaques qui surent que c’était un présent d’Olénine étaient tout à fait surpris et se mettaient en garde contre le junker. Malgré ces précautions,