Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/193

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frances, de désenchantements, de remords. En outre, envers cette femme, il avait déjà accompli l’acte de sacrifice qui lui a fait tant de joie ; et principalement, il avait peur de Marianka, et pour rien ne se décidait à lui dire un mot d’amour, même en plaisantant.

Un jour, pendant l’été, Olénine n’était pas allé à la chasse et restait à la maison. Tout à fait à l’improviste entra chez lui une connaissance de Moscou, un très jeune homme qu’il rencontrait dans le monde.

— Ah ! mon cher ! Comme j’ai été heureux en vous sachant ici, — commenca-t-il en français moscovite. Et il continua ainsi en illustrant son discours de mots français. — On me dit « Olénine », quel Olénine ? J’ai eu tant de plaisir. Voilà comment le sort nous a réunis. Eh bien ! Comment vous portez-vous ? Quoi ? Pourquoi ?

Et le prince Bieletzkï raconta toute son histoire ; comment il était entré provisoirement dans ce régiment, comment le général en chef l’appelait pour être son aide de camp, comment après la campagne il rentrerait chez lui, bien que tout cela lui fût tout à fait indifférent.

— En venant ici, dans ce trou, il faut au moins faire une carrière… la décoration… la promotion… passer dans la garde. Tout cela est nécessaire, sinon pour moi, mais pour mes parents, mes connaissances. Le prince m’a reçu très bien, c’est un