Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/194

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homme très distingué. — disait Bieletzkï sans s’arrêter. — Pour l’expédition, je suis proposé pour la décoration d’Anne et maintenant je resterai ici jusqu’à la campagne. C’est très bien ici. Quelles femmes ! Eh bien, comment vivez-vous ici ? Notre capitaine m’a dit, vous le connaissez, Startzev, un être bon et bête…

Il dit que vous vivez comme un terrible sauvage, sans voir personne. Je comprends que vous ne teniez pas à vous familiariser avec les officiers de la localité. Je suis heureux, maintenant nous nous verrons, je me suis arrêté ici, chez l’ouriadnik. Quelle fille il y a là ? Oustenka ! Un charme, je vous le jure !

Et encore et encore coulaient les paroles françaises et russes venant de ce monde qu’Olénine pensait avoir quitté pour toujours. L’opinion générale tenait Bieletzkï pour un garçon charmant et très bon. Peut-être en effet était-il tel, mais, malgré son visage bon et joli, Olénine le trouvait très désagréable. En lui respirait toute cette lâcheté à laquelle il renonçait. Et ce qui le dépitait le plus, c’est qu’il ne pouvait pas, qu’il n’avait absolument pas de forces, pour repousser de lui, brutalement, cet homme d’un autre monde, comme si son ancien milieu avait sur lui des droits imprescriptibles. Il se fâchait contre Bieletzkï et contre lui-même, et malgré lui il introduisait des phrases françaises dans sa conversation, il s’intéressait au