Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/198

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un verre de thé, et alla s’asseoir dans la partie qui n’était pas encore inondée des rayons obliques du matin. Aujourd’hui, il n’allait nulle part avant le dîner et avait l’intention d’écrire des lettres qu’il remettait depuis longtemps. Mais il lui était pénible de quitter sa petite place sur le perron, et il ne voulait pas plus rentrer dans la cabane que dans une prison. La propriétaire allumait son poêle, la fille fit sortir le bétail, et en revenant, elle se mit à ramener, auprès de la haie, le fumier des bêtes. Olénine lisait, mais ne comprenait rien de ce qui était écrit dans le livre, ouvert devant lui. Sans cesse il en détachait ses yeux et regardait la forte jeune fille qui se mouvait devant lui. Entrait-elle dans l’ombre humide du matin qui tombait de la maison, sortait-elle au milieu de la cour éclairée de la joyeuse lumière matinale, et toute sa personne élégante, en costume éclatant, brillait-elle au soleil, ou entrait-elle dans l’ombre noire, qu’il avait également peur de perdre un seul de ses mouvements. Il était joyeux de voir avec quelle aisance et quelle grâce s’inclinait sa taille, comment la chemise rose qui était tout son costume se drapait sur sa poitrine et le long des jambes gracieuses ; comment sa taille se redressait et comment, au-dessous de la chemise ceinte, se dessinait fermement la ligne de la poitrine soulevée par son souffle, comment son pied étroit, chaussé de vieilles pantoufles rouges, s’appuyait sur le sol