Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/197

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rouge, une veste de Cosaque blanche, ceinte d’un ceinturon à poignard, et un haut bonnet. Il se tenait sur le dos mouillé de son gros cheval avec une certaine affectation, et retenant le fusil derrière son dos, il se pencha pour ouvrir la porte cochère. Ses cheveux étaient encore mouillés, son visage brillait de jeunesse et de santé. Il se croyait beau, habile et ressemblant à un Djiguite, mais il n’en était rien : pour tout Caucasien expérimenté il n’était quand même qu’un soldat. En apercevant la tête de la fille, il s’inclina très bravement, rejeta la claie de la porte cochère, puis, en tendant les brides et faisant siffler sa cravache, il entra dans la cour. « Le thé est-il prêt, Vanucha ? », cria-t-il gaiement sans regarder la porte de l’étable. Il sentait avec plaisir comment son beau cheval en serrant les cuisses, prêt à s’élancer par-dessus la haie, tressaillant de tous les muscles, marchait sur la glaise sèche de la cour.

« Ce prêt », répondit Vanucha. Il semblait à Olénine que le beau visage de Marianka le regardait toujours de l’étable, mais il ne se détourna pas. Il descendit de cheval, accrocha son fusil à la rampe du perron, fit un mouvement maladroit et avec effroi se tourna vers l’étable où l’on ne voyait personne, et d’où l’on entendait le même bruit régulier de la traite.

Il entra dans la cabane, puis sortit bientôt sur le perron avec un livre et sa pipe, pour prendre