Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/21

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II


« J’aime ! J’aime beaucoup ! Braves ! Bons ! » répétait-il, et il voulait pleurer. Mais pourquoi voulait-il pleurer ? Qui était brave ? Qui aimait-il beaucoup ? Il ne le savait pas bien lui-même. Parfois il regardait fixement une maison quelconque et s’étonnait qu’elle fût bâtie si étrangement. Parfois il s’étonnait de ce que le postillon et Vanucha, qui lui étaient si étrangers, se trouvassent si près de lui, et, avec eux, de se balancer et de se heurter sous les tiraillements des bricoliers qui tendaient leurs rênes glacées ; et il répétait de nouveau : « Braves, j’aime ». Une fois même, il prononça : « Bravo, admirable ! » Et il était surpris lui-même d’avoir prononcé ces mots et se demandait : « Ne suis-je pas ivre ? » Il avait bu, il est vrai, deux bouteilles de vin, mais ce n’était pas le vin seul qui produisait cet effet sur Olénine. Il se rappelait toutes les paroles intimes, qui lui semblaient des paroles d’a-