Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/230

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» Je n’avais pas à espérer de consolation
» Et au jour saint du samedi,
» Je résolus de quitter cette vie.
» Mais pour sauvegarder mon âme,
» J’ai réfléchi le dimanche. »

Et de nouveau :

« Ah ! di di di di di li,
» Où l’avez-vous vu ? »

Ensuite en clignant des yeux et secouant les épaules il chantait en dansant :

« Je l’embrasserai, je l’enlacerai,
» Je l’envelopperai d’un ruban clair,
» J’appellerai l’espérance.
» Ma petite espérance,
» Est-ce sûr que tu m’aimes ? »

Et il s’entraînait tellement, que s’accompagnant bravement il fit un saut superbe et dansa seul dans la chambre.

Il chantait exclusivement pour Olénine les chansons Di di di et celles Des Seigneurs ; mais après trois verres de vin, se rappelant le vieux temps, il chanta de vraies chansons cosaques et tatares. Au milieu d’une de ses chansons favorites, tout à coup sa voix trembla, et il se tut, tout en continuant à racler les cordes de la balalaïka.

— Ah ! mon ami ! — fit-il.

Olénine se retourna à l’étrange son de sa voix : le vieux pleurait. Des larmes emplissaient ses yeux, une coulait sur sa joue.