Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/237

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tantôt sa sœur, tantôt sa mère en attendant le dîner. La vieille mère, les manches retroussées, enlevait dans ses bras robustes la petite table tatare ronde, basse, et y déposait le raisin, le poisson séché, le lait caillé et le pain. Le khorounjï s’essuya les mains, ôta son chapeau, se signa et s’approcha de la table.

Le gamin prit la cruche et se mit à boire avec avidité. La mère et la fille, s’assirent les jambes croisées, près de la table. Même à l’ombre, la chaleur était suffocante. L’air, dans les jardins, était infect. Le vent chaud, fort, qui passait entre les branches, n’apportait pas de fraîcheur et seulement inclinait monotonement les cîmes des poiriers, des pêchers, des mûriers. Le khorounjï, après avoir prié une seconde fois, tira de derrière lui une cruche de vin couverte d’une feuille de pampre, et ayant bu à même, la passa à la vieille. Le khorounjï était simplement en chemise, dont le col déboutonné laissait voir la poitrine musclée, velue. Son visage fin, rusé était joyeux. Ni dans son attitude, ni dans sa conversation, ne perçait son affectation ordinaire, il était gai et naturel.

— Et pour le soir vous aurez fini le travail ? — fit-il en essuyant sa barbe mouillée.

— Oh ! nous réussirons, — répondit la vieille, — pourvu que le temps ne nous en empêche pas. Les Demkine n’ont pas encore vendangé à moitié,