Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/250

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Les mots sonnaient encore plus vulgaires, plus en désaccord avec ce qu’il voulait dire, mais il continua :

— Je ne sais ce que je ne suis prêt à faire pour toi…

— Laisse-moi, peste !

Mais son visage, ses yeux brillants, sa poitrine soulevée, ses hanches gracieuses, tout son être semblait dire autre chose.

Il lui semblait qu’elle comprenait combien tout ce qu’il lui disait était vulgaire, mais qu’elle se plaçait au-dessus de telles considérations. Et Olénine crut voir qu’elle savait depuis longtemps tout ce qu’il voulait et ne pouvait pas dire, mais qu’elle désirait entendre comment il dirait tout cela. « Comment peut-elle ne pas savoir ! » pensa-t-il, puisqu’il voulait lui dire ce qu’elle était elle-même. « Mais elle ne veut ni comprendre ni répondre, » pensa-t-il.

— Aou ! — éclata tout à coup près de la vigne la voix aiguë d’Oustenka et son rire perçant. — Dmitrï Andréitch, viens m’aider, je suis seule ! — cria-t-elle à Olénine en montrant à travers les pampres son visage rond et naïf.

Olénine ne répondit rien et ne bougea pas. Marianka continuait à couper les grappes, mais à chaque instant jetait un coup d’œil sur le locataire. Il voulut parler, mais s’arrêta, haussa les épaules et en jetant son fusil derrière son dos, à pas rapides il sortit du jardin.