Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/258

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que je sois un riche parti. » Ces cours et ces flirts, ces accouplements effrontés et ces potins éternels, cette feinte, ces règles : à qui l’on doit tendre la main, à qui seulement un salut, à qui il faut causer, et enfin cet ennui éternel, qui est dans le sang, qui se transmet de génération en génération (et toujours consciemment, avec la conviction que c’est nécessaire). Comprenez une chose ou croyez au moins ceci : qu’il faut voir et comprendre ce qu’est la vérité et la beauté et tout ce que vous dites et pensez, tous vos désirs de bonheur pour moi et pour vous s’envoleront en poussière. Le bonheur c’est d’être avec la nature, de la voir, de lui parler. « Que Dieu l’en préserve, il se mariera ensuite à une simple Cosaque et sera perdu à jamais pour le monde ! » C’est, je m’imagine, ce que l’on dit de moi, avec une franche commisération. Et moi, je ne désire qu’une chose : me perdre absolument au sens que vous l’entendez. Je désire épouser une simple Cosaque et je n’ose le faire parce que ce serait le comble d’un bonheur dont je ne suis pas digne.

» Trois mois sont passés depuis que j’ai vu, pour la première fois, la Cosaque Marianka. Les conceptions et les préjugés de ce monde d’où je venais étaient encore frais en moi, je ne croyais pas alors que je pourrais aimer cette femme, je l’admirais comme la beauté des montagnes et du ciel et je ne pouvais pas ne pas l’admirer puisqu’elle est