Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/275

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pas ? — cria Bieletzkï en se penchant à la fenêtre. — Attendez quand tombera la nuit, nous irons aussi et ensuite nous les appellerons chez Oustenka. Il faut leur donner un bal.

— Moi aussi, j’irai chez Oustenka — dit résolument Olénine — Mariana y sera ?

— Oui, elle y sera, venez — dit Bieletzkï nullement étonné. — C’est ma foi beau ! — ajouta-t-il en désignant la foule bigarrée.

— Oui, très beau, — répondit Olénine en tâchant de paraître indifférent. Je suis toujours étonné de ces fêtes — ajouta-t-il. — Ainsi, parce que c’est aujourd’hui le 15, pourquoi tout à coup tous ces hommes sont-ils devenus heureux et gais ? Partout on sent la fête. Les yeux, les visages, les voix, les gestes, les habits, l’air même, le soleil, tout a un air de fête, et chez nous, il n’y a plus déjà de fêtes.

— Oui — dit Bieletzkï qui n’aimait pas de pareils raisonnements. — Et toi, le vieux, pourquoi ne bois-tu pas ? — s’adressa-t-il à Erochka.

Erochka cligne de l’œil à Olénine, en lui désignant Bieletzkï :

— Quoi, il est si fier ton kounak !

Bieletzkï leva son verre.

Alla birdé — dit-il, et il but.

(Alla birdé signifie « Dieu a envoyé », c’est l’exclamation ordinaire au Caucase en buvant avec quelqu’un.)