Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/281

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Loukachka s’adressa à Oustenka, Marianka s’assit à côté d’une femme qui tenait un enfant sur ses bras. Le bébé se penchait vers la jeune fille, et de sa petite main potelée s’accrochait au collier de corail qui pendait sur son bechmet bleu. Marianka s’inclina vers lui et en dessous regarda Loukachka. Celui-ci, à ce moment, tirait de la poche de son bechmet noir un petit sac de bonbons et des grains de tournesol.

— En voilà pour tout le monde ! — fit-il en tendant le petit sac à Oustenka, et avec un sourire il regarda Marianka. De nouveau l’embarras s’exprima sur le visage de la jeune fille. Ses beaux yeux se voilaient comme d’un brouillard. Elle baissa son fichu au dessous de sa bouche, et tout à coup penchant la tête sur le petit visage blanc de l’enfant qui la tenait par le collier, elle se mit à le baiser avidement. L’enfant appuyait ses poings sur la poitrine bombée de la jeune fille et criait en ouvrant sa petite bouche sans dents.

— Quoi, tu l’étoufferas ! — dit la mère de l’enfant, et le lui retirant, elle déboutonna son bechmet pour lui donner le sein. — Tu ferais mieux de dire bonjour au garçon.

— J’irai seulement panser mon cheval, puis nous viendrons avec Nazarka et nous nous amuserons toute la nuit — dit Loukachka ; il fouetta le cheval et s’éloigna des jeunes filles.

Ayant tourné la rue latérale, Loukachka et