Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/31

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divagations ! » se dit-il. Et ils arrivent à une station, il faut changer de traîneau, donner un pourboire. Mais de nouveau, il cherche dans son imagination le rêve qu’il a quitté, et de nouveau se présentent à lui les Circassiennes, la gloire, le retour en Russie avec le titre d’aide de camp de l’empereur, et une femme charmante.

« Mais, il n’y a pas d’amour » se dit-il. « Les honneurs, quelle sottise ! Et six cent soixante-dix-huit roubles ?… et le pays conquis qui m’a donné plus de richesse qu’il ne m’en faut pour toute une vie. Cependant ce ne sera pas bien de profiter seul, de cette richesse. Il faut la distribuer. À qui ? Six cent soixante-dix-huit à Capel, ensuite on verra… Déjà des images confuses embrouillent sa pensée et seule la voix de Vanucha et la sensation du mouvement qui cesse troublent le sommeil sain, juvénile. Sans bien s’éveiller, au nouveau relais il monte dans un autre traîneau et va plus loin.

Le matin suivant, la même chose, les mêmes relais, les mêmes thés, les mêmes croupes de chevaux, les mêmes conversations brèves avec Vanucha, les mêmes rêves vagues, le demi-sommeil dans la soirée, et le sommeil profond, sain, jeune, pendant la nuit.