Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/317

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


rien, il n’y a que l’eau-de-vie qu’accepte son cœur. Quand il boit de l’eau-de-vie, il est bien. Quel dommage ! C’était un brave garçon. Tout à fait comme moi. Moi aussi, une fois, j’étais près de mourir, les vieilles hurlaient déjà. La tête était en feu. On m’a couché sous les icônes. J’étais comme ça, et au-dessous de moi, sous le poêle, une foule de petits tambours battaient la retraite. Je crie contre eux, et ils tapent encore plus fort. (Le vieux riait.) Les femmes ont amené chez moi un diacre. Elles voulaient m’ensevelir et elles lui racontaient : « Il s’est beaucoup amusé avec les femmes et perdait des âmes ; il mangeait gras et jouait de la balalaïka », « Repens-toi, » — me dit-on. Et je commence à me confesser. « Je suis un pécheur », dis-je. À tout ce que dit le prêtre, je réponds : « Je suis un pécheur ! » Il se met à m’interroger sur la balalaïka. « Où est-elle, la maudite ? Montre-la et brise-la ». Moi je dis : « Je n’en ai pas ». Et je l’avais cachée moi-même dans un filet dans la cuisine, je savais qu’on ne la trouverait pas. Et on m’a laissé comme ça, et j’en suis revenu ! Et j’ai continué à jouer de la balalaïka... — Oui, alors, que te disais-je ? — continua-t-il. — Écoute-moi, va où il n’y a pas beaucoup de monde, autrement ce sera mal, on te tuera. Je te regrette vraiment. Tu es ivrogne, — mais je t’aime. D’habitude, vos frères aiment toujours aller dans la montagne. Chez nous il en est venu un de la Russie, toujours il allait