Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/323

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sembla que ce serait charmant. Cependant, je répondis résolument que je ne resterais à aucun prix.

— Eh ! que verrez-vous là-bas ? — continua le capitaine pour me convaincre. — Si vous voulez apprendre quelles sortes de combats existent, lisez Les Descriptions de la Guerre de Mikhaïlovskï-Danilevskï ; un beau livre, tout y est écrit en détail : où sont placés les différents corps et comment a lieu la bataille.

— Mais cela, précisément, ne m’occupe pas — répondis-je.

— Et quoi, alors ? Sans doute voulez-vous voir tout simplement comment on tue des hommes ? Voilà, en 32, nous avions aussi un volontaire, d’origine espagnole, je crois, il fit avec nous deux campagnes, toujours en manteau bleu. Et à la fin, le garçon a été tué ! Ici, mon ami, on n’étonne personne.

Malgré la honte que j’éprouvais de ce que le capitaine expliquât si mal mon intention, je n’essayai même pas de le dissuader.

— Eh quoi ? Était-il courageux ? — demandai-je.

— Dieu le sait ! Toujours il était au premier rang ; où il y a la fusillade, on le trouve.

— Alors, il était brave ? — fis-je.

— Non, ce n’est pas être brave que de se fourrer là où ce n’est pas nécessaire…

— Et qu’appelez-vous être brave ?