Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/324

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— Brave ! Brave ! — répéta le capitaine de l’air d’un homme à qui se présente pour la première fois une pareille question : brave, c’est celui qui se comporte comme il convient, — dit-il après un court moment de réflexion.

Je me suis rappelé que Platon a défini le courage : la connaissance de ce qu’il faut craindre et de ce qu’il ne faut pas craindre, et malgré le vague et le vulgaire de l’expression dans l’explication du capitaine, je pensai que l’idée principale de l’un ne différait pas tant de celle de l’autre qu’il pourrait sembler et que même la définition du capitaine était plus précise que celle du philosophe grec, parce que s’il avait pu s’exprimer comme Platon, il aurait dit, sûrement : brave, est celui qui craint ce qu’il faut craindre et ne craint pas ce qu’il ne faut pas craindre.

Je voulais expliquer ma pensée au capitaine.

— Oui, dis-je ; il me semble que dans tout danger il y a le choix. Par exemple, le choix fait sous l’influence du sentiment du devoir, est de la bravoure ; le choix fait sous l’influence d’un sentiment inférieur, est de la poltronnerie. C’est pourquoi on ne peut appeler brave l’homme qui, par ambition, curiosité ou avidité risque sa vie, et au contraire, on ne peut appeler poltron l’homme qui, sous l’influence du sentiment honnête du devoir de famille, ou tout simplement par conviction, s’éloigne du danger.