Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/325

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Tandis que je parlais, le capitaine me regardait avec une expression étrange.

— Ah ! je ne puis déjà pas vous prouver cela — dit-il en préparant sa pipe. — Mais chez nous, il y a un junker qui aime à philosopher. Causez avec lui. Il écrit même des vers.

J’avais fait la connaissance du capitaine seulement au Caucase, mais encore en Russie j’avais entendu parler de lui. Sa mère, Maria Ivanovna Khlopova, possédait une petite propriété qu’elle habitait à deux verstes de mon domaine.

Avant mon départ au Caucase, je fus chez elle. La vieille fut tout heureuse à la pensée que je verrais son Pachenka (comme elle appelait le vieux capitaine aux cheveux blancs) et que — lettre vivante — je pourrais l’informer de son train de vie, de sa santé et lui remettre un petit colis.

Après m’avoir fait manger un excellent pâté de foies de volailles, Maria Ivanovna passa dans sa chambre à coucher et revint de là avec une grande amulette noire cousue à un ruban de soie de même couleur.

— Voilà. C’est notre Mère au Buisson ardent, — fit-elle en baisant la croix et l’image de la mère de Dieu, et en me la remettant dans la main. — Ayez la bonté, petit père, de lui remettre cela. Voyez-vous, quand il partit en Caucase, je fis faire un service d’actions de grâces et promis, s’il restait sain et sauf,