Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/332

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rang que nous, il sourit, salua de la tête le capitaine et agita sa cravache… Je n’eus que le temps de remarquer qu’il se tenait en selle et maintenait les guides avec une grâce particulière, qu’il avait de beaux yeux noirs, un nez petit, très fin, des moustaches naissantes. Ce qui, surtout, me plaisait en lui, c’est qu’il ne pouvait s’empêcher de sourire en remarquant que nous l’admirions. Rien qu’à ce sourire, on pouvait conclure qu’il était encore très jeune.

— Et où court-il ? — murmura le capitaine avec un air mécontent, sans retirer la pipe de sa bouche.

— Qui est-ce ? — demandai-je.

— Le sous-lieutenant Alanine, un officier subalterne de ma compagnie. Il n’est arrivé du corps que le mois dernier.

— C’est sûrement la première fois qu’il prend part à une affaire, dis-je.

— Voilà justement pourquoi il est si joyeux ! — répondit le capitaine en hochant pensivement la tête. — Voilà ce qu’est la jeunesse !

— Mais comment ne pas se réjouir ? Je comprends que pour un jeune officier ce doive être très intéressant.

Le capitaine se tut pendant deux minutes. — C’est ce que je dis : la jeunesse ! — continua-t-il d’une voix basse. — Pourquoi se réjouir sans rien voir ? Voilà, quand on a participé à beaucoup d’affaires, alors on ne se réjouit plus. Par exemple,