Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/331

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ombres et leurs contours pittoresques, élégants. Des grillons, des criquets et des milliers d’autres insectes s’éveillaient dans l’herbe haute et emplissaient l’air de leurs notes claires, ininterrompues. On aurait dit qu’une quantité innombrable de petites clochettes sonnaient dans les oreilles mêmes. L’air était imprégné de l’odeur de l’eau, de l’herbe, du brouillard, en un mot de la senteur d’un beau matin d’été.

Le capitaine battit le briquet et alluma sa pipe. L’odeur du tabac sambrotalique et d’amadou me sembla extraordinairement agréable.

Nous chevauchions le long de la route pour rejoindre au plus vite l’infanterie. Le capitaine semblait plus pensif qu’à l’ordinaire, sa bouche ne lâchait pas la pipe de Daghestan, et à chaque pas, il activait son petit cheval qui, en se balançant d’un côté et de l’autre, laissait une trace à peine visible, vert foncé, sur l’herbe mouillée et haute. À ses pieds s’envola un faisan ; avec son cri particulier et son bruit d’ailes qui font involontairement frissonner le chasseur, lentement, il commença à s’élever dans les airs. Le capitaine n’y fit aucune attention.

Nous avions presque rattrapé le bataillon, quand derrière nous s’entendit le galop d’un cheval. Au même moment galopait devant nous un très bel adolescent, tout jeune, en costume d’officier et coiffé d’un haut bonnet blanc. Se mettant sur le même