Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/336

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ne le comprenaient pas. C’était un de nos jeunes officiers, brave djiguite, qui s’était instruit d’après les œuvres de Marlinskï et de Lermontov. Ces hommes n’observent le Caucase qu’à travers le prisme des « Héros de notre temps, » de « Moulla-Nour, » etc., et dans tous leurs actes ils ne se guident pas par leurs propres penchants mais par l’exemple de ces modèles.

Ainsi le lieutenant aimait peut-être la société des dames du monde et des hommes importants, des généraux, des colonels, des aides-de-camp, je suis même convaincu qu’il l’aimait beaucoup car il était ambitieux au plus haut degré, mais il considérait de son devoir absolu de se montrer grossier envers tous ces personnages importants, bien que sa grossièreté fut très modérée. Quand dans la forteresse se montrait une dame, il se croyait dans l’obligation de passer sous ses fenêtres avec des kounak, vêtu d’une chemise rouge, les pieds nus dans ses bottes, et de vociférer des injures le plus haut possible, et tout cela, non pas tant avec le désir de l’offenser que celui de montrer ses belles jambes blanches et comment on pourrait s’éprendre de lui si toutefois lui-même y consentait.

Souvent, en compagnie de deux ou trois paisibles Tatars, il s’installait la nuit dans les montagnes, occupait la route pour guetter au passage les Tatars non pacifiés, bien que son cœur maintes