Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/368

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— Nous les repousserons ! — disait-il vraiment convaincu. — Nous les repousserons !

— Ce n’est pas nécessaire, — répondait doucement le capitaine. — Nous devons nous retirer.

La compagnie du capitaine occupait la lisière du bois et, largement espacée, faisait feu contre l’ennemi. Le capitaine, avec son veston usé et son petit bonnet ébouriffé, en laissant flotter les rênes de son petit cheval blanc, les jambes ployées sur les étriers courts, restait immobile et silencieux. (Les soldats connaissaient si bien leur affaire et s’en acquittaient si bien que des ordres n’étaient pas nécessaires.) Parfois seulement il élevait la voix et interpellait ceux qui levaient le nez. L’aspect du capitaine était peu martial, mais il y avait en lui tant de franchise et de simplicité qu’il me frappait extraordinairement. Voilà où est le vrai courage, pensais-je malgré moi.

Il était exactement comme je l’ai toujours vu : les mêmes mouvements tranquilles, la même voix égale, la même expression de simplicité sur son visage naïf et laid ; ce n’est qu’à son regard plus brillant qu’à l’ordinaire qu’on pouvait remarquer en lui l’attention de l’homme tranquille occupé de sa besogne.

C’est facile à dire : exactement comme toujours ; mais combien de diverses nuances n’ai-je pas remarquées chez les autres : l’un veut paraître plus calme qu’ordinairement, l’autre plus sévère, le