Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/372

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— Quoi, mon cher Anatolï Ivanitch ? — fit-il d’une voix si pleine de tendre pitié, que je n’aurais pu l’attendre de lui, — C’est donc la volonté de Dieu ! Le blessé se tourna, son visage pâle s’anima d’un sourire triste.

— Oui, je ne vous ai pas écouté.

— Dites plutôt qu’il a plu ainsi à Dieu — répéta le capitaine.

Le médecin qui arrivait prit, de l’infirmier, les bandes, les sondes et autres instruments, et en retroussant ses manches, avec un sourire d’encouragement il s’adressa au blessé.

— Eh ! à vous aussi on a fait un trou où il n’y en avait pas — prononça-t-il d’un ton de plaisanterie négligée. — Voyons cela, voyons !

Le sous-lieutenant obéit, mais dans l’expression avec laquelle il regarda le gai docteur, perçaient un étonnement et un reproche que celui-ci ne remarqua pas.

Il se mit à sonder la blessure, l’examina de tous côtés, mais le blessé qui perdait patience repoussa sa main avec un sourd gémissement…

— Laissez-moi — fit-il d’une voix presque indistincte — je mourrai quand même.

En prononçant ces mots, il retomba sur le dos, et cinq minutes plus tard, quand, m’approchant du groupe formé autour de lui, je demandai à un soldat : « Comment va le sous-lieutenant ? » On me répondit : « Il se meurt ! »