Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/376

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L’attente de l’affaire de demain me mettait dans cet état.

À trois heures du matin, il faisait encore tout à fait sombre, on m’enleva mon touloupe [1] échauffé et la lueur rouge d’une chandelle frappa désagréablement mes yeux endormis.

— « Veuillez vous lever, » fit une voix quelconque.

Je fermai les yeux et inconsciemment de nouveau j’étendis sur moi le touloupe et me rendormis. « Veuillez vous lever ! » répéta Dmitrï en me secouant sans pitié par l’épaule. « L’infanterie se met en route. »

Je me rappelai soudain la réalité. Je tressaillis et sautai sur mes jambes. Je bus à la hâte un verre de thé, me lavai à l’eau glacée et sortis de la tente pour me rendre au parc d’artillerie. (Endroit où se trouvent les canons). Il faisait sombre, brumeux, froid. Les bûchers de nuit qui brûlaient par-ci, par-là, dans le campement et éclairaient les figures ensommeillées des soldats couchés alentour augmentaient l’obscurité par leur lumière terne, rouge foncé. De près on entendait un ronflement régulier, tranquille, au loin, le mouvement, les conversations et le cliquetis des armes de l’infanterie qui se préparait à partir. Une odeur de fumée, de fumier, de mèche et de brouillard était répandue. Le frisson matinal se-

  1. Peiisse courte en peau d’agneau.