Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/380

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d’eau bouillaient dans la flamme sur laquelle les hommes les entassaient, bien qu’en dessous se formât le charbon, et qu’autour du bûcher l’herbe morte devenait toute blanche ; c’était peu, pour les soldats ; ils traînaient des troncs entiers, jetaient les mauvaises herbes et attisaient les feux de plus en plus.

Quand je m’approchai du bûcher pour allumer une cigarette, Velentchouk, qui était toujours empressé, et qui, maintenant, comme un coupable se dépensait le plus de tous autour du bûcher, par excès de zèle, du milieu même, tira de sa main nue un charbon, le fit passer deux fois d’une main dans l’autre et le jeta à terre.

— Allume une branche et donne — dit l’un.

— Donnez la mèche, mes frères — fit un autre.

Quand, enfin, sans l’aide de Velentchouk, qui de nouveau voulait prendre un charbon avec ses doigts, j’allumai ma cigarette, il frotta ses doigts brûlés sur les pans de derrière de sa demi-pelisse et, probablement pour faire quelque chose, souleva un gros tronc d’érable et le lança de toutes ses forces sur le bûcher. Enfin, quand il jugea pouvoir se reposer, il s’approcha très près du bûcher, déboutonna son manteau jeté sur lui comme un caban, écarta les jambes, étendit en avant ses longs bras noirs, puis grimaça un peu de la bouche et clignant des yeux, après un court silence