Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/388

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disaient terriblement riche et extraordinairement savant. Je me rappelle qu’une fois, à un exercice pratique de tir, avec le cadran, il expliqua aux soldats qui se groupaient autour de lui, que le niveau n’est rien d’autre qui provient que le mercure atmosphérique à son mouvement. En réalité, Maximov n’était pas du tout sot et connaissait admirablement son métier, mais il avait une malheureuse passion, celle de parler, exprès, de façon que personne ne pût le comprendre, et je suis convaincu, qu’il ne comprenait pas lui-même ses paroles. Il aimait surtout les expressions : « Il résulte de cela », « en continuant », et, quand parfois, il disait « De cela résulte », ou « en continuant », alors je savais à l’avance que je ne comprendrais rien à tout ce qui suivrait. Et les soldats, au contraire, comme je pouvais le remarquer, aimaient à écouter ses « résulte de cela » et soupçonnaient dans ces mots un sens profond, bien que, comme moi, ils n’y comprenaient rien du tout. Mais ils n’attribuaient cette incompréhension qu’à leur propre ignorance et respectaient d’autant plus Feodor Maximitch. En un mot Maximov était un autoritaire diplomate.

Le deuxième soldat qui, devant le feu, rentrait ses pieds musclés, rouges, dans ses bottes, était Antonov, ce même bombardier Antonov qui, encore en 1837, restait avec deux autres près d’un canon sans couverture, et bien qu’atteint de deux