Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/39

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Il y a très longtemps, leurs ancêtres, des vieux-croyants, s’enfuirent de la Russie et s’installèrent derrière le Térek parmi les Tchetchenzes, sur le Greben, première chaîne montagneuse forestière de la grande Tchetchnia. Vivant parmi les Tchetchenzes, les Cosaques se lièrent de parenté avec eux, adoptèrent leurs coutumes, leurs mœurs, mais conservèrent en toute sa pureté ancienne la langue russe et la vieille religion. Une tradition, encore très vive de notre temps parmi les Cosaques, dit que le tzar Ivan le Terrible étant venu au Terek, fit appeler les vieillards de Greben, leur donna des terres sur l’autre côté du fleuve et les exhorta à vivre en amitié en leur promettant de ne les obliger ni à prêter serment, ni à changer de religion. Et jusqu’ici les Cosaques se considèrent comme parents des Tchetchenzes, et l’amour de la liberté, de l’oisiveté, du pillage et de la guerre, sont les traits principaux de leur caractère.

L’influence de la Russie ne s’exerce que par le côté désavantageux ; par l’oppression dans les élections, par la suppression des cloches et par les troupes qui tiennent garnison et passent là-bas. Par instinct, le Cosaque a moins de haine pour un Djiguite [1] montagnard qui tue son frère, que pour un soldat qui habite chez lui pour protéger sa stanitza, mais qui empoisonne de tabac sa cabane. Il respecte l’ennemi montagnard, mais il méprise,

  1. Djiguite, cavalier,