Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/406

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ce dont, d’après la tradition, j’étais venu me débarrasser au Caucase, tout cela m’est arrivé ici avec cette seule différence qu’auparavant tout était sur une grande échelle, et maintenant à une échelle mesquine, malpropre, à chaque degré de laquelle je trouve des millions de petits ennuis, de lâchetés, d’offenses. Deuxièmement parce que chaque jour je me sens tomber moralement de plus en plus bas, et principalement, parce que je me sens incapable du service d’ici. Je ne puis supporter les dangers,… tout simplement, je ne suis pas courageux…

Il s’arrêta et me regarda sans plaisanterie.

Bien que cet aveu spontané m’étonnât extrêmement, je ne le contredis pas comme mon interlocuteur semblait le vouloir, mais j’attendis de lui-même l’objection à ses paroles, comme il arrive toujours en pareil cas.

— Vous savez que cette expédition est la première affaire militaire dans laquelle je me trouve, — continua-t-il ; — et vous ne pouvez vous imaginer ce que j’ai éprouvé hier. Quand le sous-officier a apporté l’ordre d’après lequel ma compagnie était désignée pour la colonne, je suis devenu blanc comme un linge et d’émotion je ne pouvais parler. Et si vous saviez comment j ai passé la nuit ! S’il est vrai que les cheveux blanchissent de peur, alors je devrais être tout à fait blanc aujourd’hui, car, assurément, pas