Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/410

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dans la forêt de plus en plus rapidement, mais quand s’entendaient les sifflements des projectiles tout devenait silencieux, et au milieu du silence de mort éclatait une voix légèrement émue : « Prenez garde, les enfants ! » Et tous les regards se fixaient sur le boulet qui s’abattait sur les troncs et sur les branches coupées.

Le brouillard était déjà très haut, et, prenant la forme de nuages, disparaissait peu à peu dans le ciel bleu foncé. Le soleil découvert brillait clairement et jetait de gais reflets sur l’acier des baïonnettes, sur le cuivre des canons, sur la terre fondante, sur la gelée blanche. Dans l’air, on sentait la fraîcheur de la gelée du matin, et en même temps la chaleur du soleil printanier. Des milliers de diverses ombres et de couleurs se jouaient dans les feuilles sèches de la forêt, et sur la route battue et brillante on voyait distinctement les traces des roues et des fers des chevaux.

L’agitation, parmi les troupes, devenait plus grande et plus sensible. De tous côtés, la fumée bleuâtre des coups devenait de plus en plus fréquente. Les dragons, avec leurs lances flottantes, s’élancaient en avant. Dans les compagnies d’infanterie on entendait des chansons et le convoi chargé de bois commençait à s’installer à l’arrière-garde. Un général s’approcha de notre section et donna l’ordre de se préparer à la retraite. L’ennemi, établi dans un buisson, en face de notre