Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/411

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flanc gauche, commençait à nous inquiéter fortement à coups de fusil. Du côté gauche de la forêt, une balle siffla et frappa sur l’affût. Ensuite, une deuxième, une troisième… La couverture d’infanterie qui était près de nous, se leva avec bruit, prit les fusils et occupa la ligne. Les coups de fusil devenaient plus fréquents et les balles tombaient de plus en plus souvent. La retraite commença, et, comme il arrive toujours au Caucase, avec elle commença la véritable action.

Il était facile de voir que les balles ne plaisaient pas plus aux artilleurs, que les obus aux fantassins. Antonov fronçait les sourcils. Tchikine imitait le sifflement des balles et plaisantait, mais on voyait que les balles lui déplaisaient. Il disait de l’une d’elles : «Comme elle est pressée ! » ; il appelait une autre « la petite abeille » et nommait « orpheline » une troisième qui bourdonnait lentement et plaintivement en volant au-dessus de nous. Ce mot suscita un rire général.

La nouvelle recrue, par inhabitude, à chaque balle penchait la tête de côté et tendait le cou. Cela aussi amusait les soldats : « Quoi, est-ce ta connaissance que tu la salues ? » lui disait-on. Et Velentchouk, toujours plein d’indifférence pour le danger, était maintenant troublé. Il était visiblement irrité de ce que nous ne tirions pas à mitraille dans cette direction d’où venaient les balles. Plusieurs fois, d’une voix mécontente il répéta :