Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/416

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La vue de sa jambe nue, mais blanche et saine, quand on ôta la botte et détacha la tcheresok me produisit une impression horriblement pénible.

— Il y a trois pièces d’or et cinquante kopeks, — me dit-il, pendant que j’ouvrais le tcheresok. — Vous les garderez.

La voiture allait se mettre en route, mais il l’arrêta.

— J’ai confectionné un manteau pour le lieutenant Soulimovskï ; il m’a donné deux pièces, j’ai acheté pour un rouble et demi de boutons, et il y a cinquante kopeks dans mon sac avec les boutons. Remettez-les-lui.

— Bon, bon, — dis-je. — Guéris, frère !

Il ne me répondit pas : la charrette se mit en route et il recommença à gémir et à pousser des oh ! d’une voix lamentable qui fendait l’âme. On eût dit qu’après en avoir fini avec les choses de ce monde, il ne trouvait plus de motifs de se retenir et de ne se pas permettre ce soulagement.