Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/422

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j’oubliai tout à fait l’humidité, l’obscurité et la blessure de Velentchouk. Nous nous mîmes à causer de Moscou et de choses n’ayant aucun rapport avec la guerre et le Caucase.

Après un de ces moments de silence qui interrompent parfois les conversations les plus animées, Bolkhov me regarda avec un sourire.

— Je pense que notre conversation de ce matin vous a semblé très étrange ? — dit-il.

— Non, Pourquoi ? Je vous ai seulement trouvé trop franc. Il y a des choses que nous connaissons tous mais qu’il ne faut jamais dire.

— Pourquoi ? S’il y avait une possibilité quelconque de changer cette vie en la vie la plus banale et la plus pauvre, mais sans les dangers et le service, je n’hésiterais pas un moment.

— Pourquoi n’iriez-vous pas servir en Russie ? — dis-je.

— Pourquoi ? — répéta-t-il. — Oh ! j’y ai pensé depuis longtemps. Je ne puis maintenant retourner en Russie avant de recevoir la décoration d’Anne et de Vladimir ; la décoration d’Anne autour du cou et le titre de major. Je l’ai escompté en venant ici.

— Mais… si comme vous le dites, vous vous sentez incapable de servir ici…

— Et si je me sens encore plus incapable de retourner en Russie tel que je suis venu ! C’est aussi une des traditions qui existent en Russie