Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/427

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ce qui n’était pas Caucasien, ne méritait que du mépris. En outre, tout ce qui était du Caucase se partageait eu deux parties : le nôtre, et ce qui n’était pas nôtre. Il aimait la première, et haïssait la seconde de toutes les forces de son âme. Enfin et principalement c’était un homme de courage tenace, calme, d’une bonté rare envers ses camarades et ses subordonnés, d’une droiture excessive et même audacieux envers les aides de camp et les bons jours, qu’il détestait on ne sait pourquoi. En entrant dans la hutte, il faillit défoncer le toit avec sa tête, mais aussitôt il se baissa et s’assit à terre.

— Eh bien ! Quoi ? — fit-il. En remarquant soudain mon visage qui lui était inconnu, il s’arrêta et posa sur moi son regard voilé et fixe.

— Alors de quoi causiez-vous ? — demanda le major en tirant sa montre et l’examinant, bien que je sois fermement convaincu qu’il n’en avait nul besoin.

— Eh bien ! Il me demandait pourquoi je sers ici.

— Sans doute Nikolaï Fedorovitch veut se distinguer ici, puis retourner chez lui.

— Et vous Abram Ilitch, dites-nous pourquoi vous servez au Caucase ?

— Moi, parce que premièrement, vous savez que nous sommes tous obligés de servir. Quoi ? — ajouta-t-il, bien que personne ne soufflât mot. — Hier, j’ai reçu une lettre de la Russie, Nikolaï Fedo-