Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/77

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don. Va, Nazar, que crains-tu ? N’aie pas peur, te dis-je.

— Louka, eh ! Louka ! — dit Nazarka, — raconte-nous comment tu l’as tué.

Louka, prêt à se jeter dans l’eau, se ravisa.

— Allez vite au cordon, et moi je reste. Dites aux Cosaques qu’ils viennent à la rencontre s’ils sont de ce côté… Il faut les attraper.

— Je dis qu’ils s’enfuiront ! — cria Ergouchov en se levant. — Il faut les attraper, c’est sûr.

Ergouchov et Nazarka se levèrent, et faisant le signe de la croix, partirent au cordon, mais ils ne prirent pas le bord, et, à travers les roseaux, se firent un chemin jusqu’au sentier de la forêt.

— Eh bien, Louka, écoute, ne remue pas, — prononça Ergouchov, — autrement on te tuera aussi. Fais attention, ne baye pas, te dis-je.

— Va, je sais, — répondit Louka, et, en examinant son fusil, il se rassit derrière le tronc.

Loukachka, assis seul, regardait le haut-fond et tendait l’oreille, espérant entendre les Cosaques ; mais il y avait loin jusqu’au cordon, l’impatience le tourmentait, il craignait que les Abreks, qui accompagnaient sa victime, ne disparussent. Il avait contre les Abreks qui maintenant allaient s’enfuir, un dépit semblable à celui qu’il avait eu contre le sanglier disparu le soir. Tantôt il regardait autour