Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/83

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— Ah ! c’était sans doute un malin qui s’était proposé, un vrai djiguite ! — répartit Louka moqueur en tordant l’habit mouillé déposé sur le bord, et en frissonnant sans cesse. — Sa barbe est teinte et taillée.

— Et comme il avait bien arrangé son habit dans le sac sur son dos. De cette façon il pouvait nager plus facilement, — dit quelqu’un.

— Écoute, Loukachka, — dit l’ouriadnik qui tenait en main le poignard et le fusil de l’homme tué, — prends pour toi le poignard et le caftan, et, en échange du fusil, viens chez moi et je te donnerai trois pièces de monnaie. — Voilà, il est troué, — ajouta-t-il en soufflant dans le canon, — alors ce sera un agréable souvenir.

Loukachka ne répondit rien, il était visiblement vexé de cette quémanderie, mais il savait qu’il fallait en passer par là.

— Quel diable ! — dit-il en fronçant les sourcils et en jetant à terre le caftan du Tchetchenze, — si encore le caftan était convenable, mais c’est une guenille.

— Il te servira pour aller couper du bois, — dit un autre Cosaque.

— Mocev ! Je m’en irai à la maison, — dit Loukachka qui, évidemment, avait oublié son dépit et voulait tirer parti du cadeau qu’il avait fait à son chef.

— Va, c’est bien.