Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/92

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


entre ses mains. — Comment vivrons-nous ici, je n’en sais rien. C’est pire que le Tatar, je le jure, et ils se prennent pour des chrétiens encore. Le Tatar est plus noble. « Il est allé à la kriga ! » Quelle kriga ont-ils inventée, on n’a jamais entendu cela ! — conclut Vanucha, et il se détourna.

— Quoi ? Ce n’est pas comme chez nous à la campagne — dit Olénine en raillant, et toujours sur son cheval.

— Donnez-moi le cheval, — dit Vanucha, frappé visiblement de cette vie nouvelle mais se soumettant à son sort.

— Alors le Tatar est plus noble, hein, Vanucha ? — répéta Olénine en descendant de cheval et frappant sur la selle.

— Oui, riez ! C’est amusant pour vous ! — répondit Vanucha d’un ton fâché.

— Attends, ne te fâche pas, Ivan Vassilievitch — dit Olénine en continuant à sourire. — Attends, j’irai chez le maître et tu verras, j’arrangerai tout, tu verras comme nous vivrons bien ici, ne t’inquiète pas seulement.

Vanucha ne répondit pas, mais en clignant des yeux avec mépris, il regarda derrière son maître et hocha la tête. Vanucha ne considérait Olénine que comme un maître, Olénine ne voyait en Vanucha qu’un domestique, et tous deux eussent été très étonnés si quelqu’un leur avait dit qu’ils étaient des amis, et ils l’étaient en effet sans le savoir