Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/98

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et le ciel et à tous ses souvenirs et à ses rêves, se mêlait l’impression grave de la nature majestueuse. Sa vie ne commençait pas comme il se l’était imaginé en partant de Moscou, elle était imprévue, mais bien. Les montagnes, les montagnes, les montagnes se présentaient en tout ce qu’il pensait et sentait.

— Il a embrassé la chienne ! Il a léché la cruche ! L’oncle Erochka a embrassé la chienne ! — crièrent tout à coup, en se tournant vers la petite ruelle, les gamins qui jouaient à la balle sous la fenêtre. — Il a embrassé la chienne ! Il a engagé son poignard pour de l’eau-de-vie ! — répétaient-ils en se rassemblant et se reculant.

Ces cris étaient adressés à l’oncle Erochka qui, le fusil derrière l’épaule et des faisans à sa ceinture, revenait de la chasse.

— Oui, c’est mon péché, gamins ! mon péché ! — dit-il en agitant bravement la main et en regardant les fenêtres des cabanes des deux côtés de la rue. — J’ai engagé la chienne, mon péché ! — répéta-t-il, visiblement fâché, mais feignant l’indifférence.

Olénine était étonné de la conduite des gamins envers le vieux chasseur, et il était surtout frappé du visage expressif et intelligent et de la forte corpulence de l’homme qu’on appelait l’oncle Erochka.

— Grand-père ! Cosaque ! — lui dit-il. — Approche ici.