Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol3.djvu/97

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calmes. Les troupeaux n’étaient pas encore rentrés et les habitants ne revenaient pas encore du travail.

Le logement d’Olénine était presque au bout de la stanitza. Rarement, quelque part loin derrière le Terek, de ces endroits d’où venait Olénine, éclataient des coups sourds, à Tchetchnia ou dans la plaine de Koumitzk. Olénine se trouvait très bien après une vie de trois mois au bivouac. Sur son visage lavé, il sentait la fraîcheur, sur son corps vigoureux, la propreté — inhabituelle après les marches et, dans tous ses membres reposés, la tranquillité et la force. Son âme aussi était limpide. Il se rappela la campagne et le danger passé. Il se rappelait qu’il s’était montré brave dans le danger, qu’il n’était pas pire que les autres et qu’il était admis dans la société des courageux Caucasiens. Les souvenirs de Moscou étaient déjà Dieu sait où. L’ancienne vie était effacée et une vie tout à fait nouvelle, encore nette d’erreurs commençait. Ici, il pouvait être un homme nouveau parmi des hommes nouveaux, et acquérir de soi-même une opinion nouvelle, favorable. Il sentait éclore un sentiment sans cause, de la joie de vivre, et en regardant par la fenêtre tantôt les gamins qui dans l’ombre de la maison jouaient à la balle, tantôt son nouveau logis installé, il pensait à l’agrément qu’il allait éprouver dans cette vie de la stanitza, nouvelle pour lui. Il regardait aussi les montagnes