Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol36.djvu/14

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I


Les hommes, entassés par centaines de milliers sur un étroit espace, avaient beau chercher à mutiler la terre sur laquelle ils se pressaient ; en vain la couvi’aient-ils de pierres, afin que rien n’y pût croître ; en vain grattaient-ils chaque pousse d’herbe, enfumaient-ils l’air avec la houille et le pétrole ; en vain taillaient-ils les arbres, chassaient-ils les animaux et les oiseaux — le printemps était le printemps, même dans la ville. Le soleil chauffait, l’herbe ravivée poussait et verdissait partout où on ne l’arrachait pas, aussi bien sur les pelouses des boulevards qu’entre les pavés ; les bouleaux, les peupliers, les merisiers déployaient leurs feuilles gluantes et parfumées ; les tilleuls gonflaient leurs bourgeons prêts à éclater ; les choucas, les moineaux, les pigeons, sentant le printemps, déjà travaillaient joyeusement à leurs nids, et les