Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/111

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II

Cependant, Albert, sans faire attention à personne, marchait lentement le long du piano et accordait le violon serré contre son épaule. Ses lèvres se plissaient avec une expression indifférente, on ne voyait pas ses yeux ; mais son dos osseux et étroit, son cou long et blanc, ses jambes arquées, sa tête noire chevelue avaient un aspect étrange, mais on ne sait pourquoi, pas du tout ridicule. Après avoir accordé le violon, il prit bravement l’accord et, soulevant la tête, s’adressa au pianiste qui se préparait à l’accompagner.

Mélancolie. G. Dur, — lui fit-il avec un geste impérieux.

Puis, comme pour demander pardon de ce geste, il sourit doucement et avec ce sourire, promena un regard circulaire sur le public.

Relevant ses cheveux de la main qui tenait l’archet, Albert s’arrêta devant le coin du piano et