Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/124

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de le retenir, j’aurais pu l’amuser à la maison, mais vous avez seulement parlé de l’habit.

— Ta, ta, ta, c’est fâcheux ! Eh bien, qu’a-t-il fait ici sans moi ?

Zakhar sourit.

— Vraiment on peut dire que c’est un artiste, Dmitri Ivanovitch. Aussitôt éveillé il a demandé du madère, ensuite il s’est amusé tout le temps avec la cuisinière et le valet du voisin. Il est si drôle ; cependant un bon caractère. Je lui ai donné du thé, apporté le dîner, il ne voulait rien manger ; seulement il m’invitait tout le temps. Et comme il joue du violon ! Ça c’est vrai, qu’un tel artiste il n’y en a pas même chez Izler [1]. On peut garder un artiste pareil. Quand il a joué « Voguons en descendant la mère Volga, » ma foi, c’était comme un homme qui pleure. Trop beau ! Même tous les domestiques de la maison sont venus dans notre antichambre pour l’écouter.

— Eh bien, l’as-tu habillé ? — interrogea le maître.

— Sans doute, je lui ai donné une de vos chemises de nuit et mon pardessus. On peut aider un homme pareil, c’est vraiment un bon garçon. — Zakhar sourit. — Il m’a demandé tout le temps quel grade vous avez, si vous avez des connaissances importantes et combien d’âmes de paysans ?

  1. Fameux restaurant d’alors.