Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/125

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— C’est bon, c’est bon ; seulement il faudra le trouver maintenant, et désormais ne lui rien donner à boire, autrement on le rendra pire encore.

— C’est vrai, — interrompit Zakhar, — évidemment il a une faible santé. Chez nous, chez les maîtres, il y avait un employé qui était comme ça…

Delessov qui connaissait depuis longtemps l’histoire de l’employé, un ivrogne invétéré, ne le laissa pas achever et lui ordonna de tout préparer pour la nuit et d’aller chercher Albert et le ramener.

Il se mit au lit, éteignit la bougie, mais de longtemps ne pouvait s’endormir et pensait toujours à Albert. « Bien que tout cela puisse paraître étrange à beaucoup de mes connaissances, — pensait Delessov, — mais c’est si rare de faire quelque chose de désintéressé qu’il faut remercier Dieu quand un pareil cas se présente, et je n’y manquerai pas. Je ferai tout, absolument tout ce que je pourrai pour l’aider. Peut-être n’est-il pas du tout fou, mais absolument égaré par la boisson. Ça ne me coûtera pas très cher : où il y a à manger pour un, il y a pour deux. Qu’il vive d’abord chez moi, ensuite nous lui trouverons une situation, ou un concert, nous le tirerons du banc de sable et après nous verrons. »

Le sentiment agréable du contentement de soi-même s’emparait de lui après ces réflexions.

« Vraiment je ne suis pas trop mauvais, non, pas