Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/145

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retenir, mais je vous conseille de rester jusqu’à demain.

— Personne ne peut me retenir, j’irai chez le chef de police, — criait de plus en plus fort, Albert en s’adressant seulement à Zakhar et sans regarder Delessov. — Au voleur ! — cria-t-il tout à coup d’une voix effrayante.

— Mais pourquoi criez-vous ainsi ? Personne ne vous retient — dit Zakhar en ouvrant la porte. Albert cessa de crier. « Pas réussi ! Ont voulu me tuer ? Non ! » murmura-t-il en prenant ses caoutchoucs. Sans dire adieu et en continuant de murmurer quelque chose d’incompréhensible, il sortit. Zakhar l’éclaira jusqu’à la porte et revint.

— Grâce à Dieu, Dmitri Ivanovitch ! Autrement ça finirait mal — dit-il à son maître. — Il faut maintenant vérifier l’argenterie.

Delessov hocha la tête et ne répondit rien. Maintenant il se rappelait vivement les deux premières soirées passées avec le musicien, les derniers jours tristes, par sa faute, qu’Albert avait vécus ici, et principalement il se rappelait ce sentiment, mélangé de douceur, d’étonnement, d’amour et de pitié qu’avait excité en lui, du premier coup, cet homme étrange.

Il commençait à le plaindre. « Que va-t-il devenir, sans argent, sans vêtements chauds, seul au milieu de la nuit ?… » pensa-t-il. Il voulait même