Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/144

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Pendant la nuit Delessov était éveillé par le bruit d’une table renversée dans l’antichambre, par des voix et des pas. Il alluma sa bougie et écouta avec étonnement…

— Attendez, je préviendrai Dmitri Ivanovitch, — disait Zakhar.

La voix d’Albert murmurait des mots violents et sans suite. Delessov bondit et, prenant la bougie, accourut dans l’antichambre. Zakhar, en costume de nuit, était debout en face de la porte. Albert, avec le chapeau et l’almaviva, le repoussait de la porte et lui criait d’une voix geignarde :

— Vous ne pouvez pas m’empêcher de partir, j’ai mon passeport ; et je ne vous emporte rien. Vous pouvez me fouiller, j’irai chez le chef de police.

— Permettez, Dmitri Ivanovitch ? — dit Zakhar à son maître, en continuant à défendre la porte avec son dos. — Il s’est levé la nuit, a trouvé la clef dans mon pardessus, a bu une bouteille entière d’eau-de-vie sucrée. Est-ce bien ? Et maintenant il veut s’en aller. Vous ne me l’avez pas ordonné, c’est pourquoi je ne puis le laisser partir.

Albert, en apercevant Delessov, se mit à repousser Zakhar encore plus énergiquement.

— Personne ne peut me retenir ! On n’a pas ce droit, — criait-il, élevant de plus en plus la voix. — Ôte-toi, Zakhar, — dit Delessov, et s’adressant à Albert : — Je ne veux pas et ne peux pas vous