Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/17

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Et je le regarde et je range les quilles.

— Veux-tu jouer avec moi ?

— Certainement, monsieur, dis-je.

Je remis les billes.

— Voulez-vous jouer à passer en dessous ?

— Que signifie : à passer en dessous ? — dit-il.

— Mais comme ça : vous me donnez cinquante kopecks et je passe sous le billard.

Il n’avait certainement jamais rien vu. Ça lui semblait étrange. Il rit.

— Bon, allons, allons, — dit-il.

Bon. Je demande :

— Combien me donnez-vous d’avance ?

— Eh ! joues-tu plus mal que moi ?

— Comment donc, — dis-je, — chez nous il y a peu de joueurs pouvant lutter avec vous.

Nous nous mîmes au jeu.

Il s’imaginait vraiment être un maître. Il frappe tout de travers et Messire reste assis et prononce chaque fois :

— Voilà une bille ! En voilà un coup !

Eh quoi ! Le coup n’était vraiment pas mal, mais il ne sait pas calculer. Eh bien ! Par convenance, je perdis la première partie : je passai sous le billard, en geignant. Tout à coup, Oliver et Messire bondissent de leurs places et frappent avec les quilles.

— Bravo ! Encore, — disent-ils, — encore !

Eh quoi « encore ? » Surtout Messire, qui, pour