Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/186

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Pourquoi près du perron, quand je passe seul, me salue-t-il humblement, et maintenant, parce que je suis assis avec un chanteur ambulant, pourquoi s’installe-t-il grossièrement à côté de moi ? Je me grisai tout à fait de cette colère bouillonnante d’indignation que j’aime en moi, que j’excite même quand je la sens, parce qu’elle agit sur moi d’une façon calmante et me donne, pour quelques instants au moins, une élasticité extraordinaire, une énergie et le feu de toutes les capacités physiques et morales.

Je bondis de ma place.

— De quoi riez-vous ? — criai-je à un valet, pendant que je sentais mon visage pâlir et mes lèvres trembler involontairement.

— Je ne ris pas, je ris comme ça, — répondit le valet en se reculant.

— Non, vous vous moquez de ce monsieur. Et quel droit avez-vous d’être ici, de vous y asseoir quand il y a des clients ? N’ayez pas l’audace de vous asseoir ! — m’écriai-je.

Le portier se leva en grommelant quelque chose et se recula vers la porte.

— De quel droit vous moquez-vous de ce monsieur et vous asseyez-vous à côté de lui quand il est l’hôte et vous le valet ? Pourquoi ne riez-vous pas de moi pendant le dîner et ne vous asseyez-vous pas à côté de moi ? Parce qu’il est pauvrement vêtu et chante dans la rue ? C’est pour cela ?