Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/187

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Et moi j’ai un bel habit. Il est pauvre, mais il vaut mille fois mieux que vous, j’en suis sûr, car il n’a offensé personne, et vous, vous l’offensez.

— Mais non, rien, qu’avez-vous ? — objecta timidement mon ennemi le valet. — Est-ce que je l’empêche de rester ici ?

Le valet ne me comprenait pas et ma langue allemande était perdue. Le portier grossier voulut défendre le valet, mais je me jetai sur lui si vivement qu’il feignit aussi de ne pas me comprendre et fit un geste de la main. La récureuse boiteuse, soit quelle eut remarqué mon état de fureur et craignit le scandale, soit qu’elle partageât mon opinion, prit mon parti et essaya de s’interposer entre moi et le portier ; elle l’exhortait à se taire, disait que j’avais raison et me suppliait de me calmer :

Der Herr hat Recht ; Sie haben Recht [1], — répétait-elle.

Le chanteur avait l’air triste et effrayé ; on voyait qu’il ne comprenait pas la cause de mon emportement et ce que je voulais ; il me demandait de partir d’ici au plus vite. Mais le verbiage méchant s’excitait en moi de plus en plus. Je me rappelais tout : la foule qui se moquait de lui, les auditeurs qui ne donnaient rien, et, à aucun prix, je ne voulais me calmer.

Je crois que si les valets et le portier eussent été

  1. Monsieur a raison ; vous avez raison.