Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/207

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parlait à haute voix et souriait. Dès qu’il m’aperçut, il s’arrêta un moment et me regarda sans me saluer. Je me sentis gênée et rougis.

— Ah ! Est-ce vous ? — fit-il de son ton décidé, simple, en ouvrant les bras et s’approchant de moi. — Peut-on changer ainsi ! Comme vous avez grandi ! En voilà une violette ! Vous êtes devenue une rose, une vraie rose !

Dans sa large main il prit la mienne, la serra si fortement, si loyalement, qu’il me fit presque mal. Je crus qu’il allait me baiser la main et m’inclinai vers lui, mais il me serra la main encore une fois et me regarda droit dans les yeux avec un regard ferme et gai. Je ne l’avais pas vu depuis six ans. Il avait beaucoup changé. Il avait vieilli, bruni, et portait des favoris qui ne lui allaient pas du tout. Mais c’étaient les mêmes manières simples, le même visage ouvert, loyal, aux traits forts, les yeux intelligents, brillants, et le sourire doux, presqu’enfantin.

Cinq minutes après, il cessait d’être un hôte et devenait de la famille pour nous tous, même pour les domestiques qui, on le voyait à leur façon de servir, étaient particulièrement joyeux de son arrivée.

Il ne se tenait pas du tout comme les voisins qui venaient depuis la mort de maman, et croyaient nécessaire de se taire et de pleurer chez nous. Au contraire, il était bavard, gai, ne disait