Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/214

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II

Le printemps arriva. Mon ennui d’autrefois avait disparu et fait place tantôt à l’inquiétude rêveuse du printemps, tantôt à des espoirs et des désirs incompréhensibles. Je ne vivais plus comme au commencement de l’hiver, mais je m’occupais de Sonia, de la musique, de lectures ; souvent j’allais au jardin et longtemps, longtemps j’errais seule dans les allées ou m’asseyais sur un banc à rêver Dieu sait à quoi, désirant je ne sais quoi et espérant. Parfois je passais des nuits entières, surtout les nuits de lune, près de la fenêtre de ma chambre, ou, en camisole, à l’insu de Katia, j’allais dans le jardin et courais dans la rosée jusqu’à l’étang et même, une fois, je sortis dans les champs, seule, la nuit et fis le tour du jardin.

Maintenant il m’est difficile de me rappeler et de comprendre les rêves qui emplissaient alors mon