Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/234

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dis-je en regardant ses yeux rieurs et me sentant gagnée par ce transport sauvage.

— Oui, — répondit-il en clignant d’un œil et retenant un sourire, — seulement pourquoi tapez-vous le nez de Katerina Carlovna ?

Je n’avais pas remarqué, qu’en le regardant et continuant d’agiter la branche j’avais enlevé le mouchoir de Katia et lui passais les feuilles sur le visage. Je me mis à rire.

— Elle dira qu’elle n’a pas dormi ! — prononçai-je bas, comme pour ne pas éveiller Katia, mais tout simplement parce qu’il m’était agréable de lui parler en chuchotant.

Il remua les lèvres en me singeant, comme si je parlais si bas qu’on ne pouvait rien entendre. En apercevant l’assiette de cerises il la saisit en catimini, s’approcha de Sonia sous les tilleuls, et s’assit sur ses poupées.

D’abord, Sonia se fâcha, mais bientôt il se réconcilia avec elle en lui proposant le jeu : à qui mangerait le plus vite les cerises.

— Voulez-vous que j’en demande d’autres ? — dis-je, — ou allons en cueillir nous-mêmes ?

Il prit l’assiette y posa les poupées et tous trois nous partîmes à l’enclos. Sonia courait derrière nous en riant et lui tirait son pardessus pour qu’il rendit les poupées. Il les lui rendit et s’adressant sérieusement à moi :

— Eh bien, comment donc n’êtes-vous pas une