Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol5.djvu/238

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


sur le mur. Il n’a pas réussi à me rattraper que j’étais déjà sur le sol de l’enclos.

— Quelle sottise vous faites ! — prononça-t-il en rougissant de nouveau et en essayant de cacher sa gêne sous le dépit. — Vous auriez pu vous faire mal. Et comment sortirez-vous d’ici ?

Il était encore plus confus qu’auparavant, mais maintenant sa confusion ne m’amusait plus, elle m’effrayait. Elle se communiquait à moi ; je rougis et l’évitai, ne sachant que dire. Je me mis à cueillir des cerises que je ne savais où mettre. Je me faisais des reproches, j’avais peur, et il me semblait que, par cet acte, je me perdais pour toujours à ses yeux. Nous nous taisions tous deux et à tous deux c’était pénible. Sonia qui arrivait avec la clef nous tira de cette situation embarrassante. Longtemps encore nous ne nous dîmes rien et tous deux nous nous adressions à Sonia. Quand nous revînmes vers Katia, qui nous affirma qu’elle n’avait pas dormi et avait tout entendu, je me rassurai et lui s’efforça de retomber dans son ton protecteur, paternel. Alors je me rappelais vivement la conversation que nous avions eue quelques jours avant.

Katia vint à dire qu’il est plus facile à l’homme qu’à la femme d’aimer et d’exprimer son amour.

— L’homme peut dire qu’il aime, et la femme ne le peut pas, — dit-elle.

— Et il me semble que l’homme ne doit et ne peut dire qu’il aime, — répondit-il.